Compte rendu de l’action du 7 février 2007 au Cabinet
de Charles Picqué,
Ministre-Président du Gouvernement de la Région de
Bruxelles-Capitale
Ce 7 février 2007, nous étions une trentaine de
membres du GAMP à être reçus par Mr. Charles Picqué, Ministre-Président de la
Région de Bruxelles-Capitale, accompagné de Mme Fontaine et de Mr. Sterckx, chargés de la cohésion sociale, pour le 2ème
sit-in organisé devant son Cabinet (le 1er sit-in ayant eu lieu le 2 décembre
2005).
Se référant à son expérience personnelle et à ses fonctions
antérieures, d’emblée Mr. Picqué - sensibilisé à la problématique du handicap
de grande dépendance - a pris l’initiative de l’entretien en s’inspirant des
actions/revendications contenues dans le Livre Blanc du GAMP.
Abordant en 1er lieu la question des compétences, Mr. Picqué
s’est interrogé sur la manière de lever l’étanchéité
existante entre les budgets régionaux et celui de la COCOF. Si la Région bruxelloise
transfère chaque année quelques millions d’euros à la COCOF (il lui faut pour
ce faire l’accord des néerlandophones qu’il n’est toujours pas aisé d’obtenir),
ceci ne sera plus aussi facile à l’avenir.
D’autre part, les besoins étant très importants, s’impose l’impérieuse nécessité
de procéder à un refinancement conséquent de la COCOF. Ces problèmes devraient être évoqués lors des
prochaines discussions institutionnelles qui auront lieu après les élections
fédérales et seront étayés de manière à renvoyer à une gravité de situation
évidente.
Très pragmatique, Mr. Picqué a parcouru avec nous les pistes
de travail dégagées dans le Livre Blanc afin d’envisager les réponses qu’il
peut apporter à ces problèmes en sa qualité de Président de la Région bruxelloise
et futur négociateur :
Un des membre du GAMP a fait remarquer que si tous ces éléments
sont en bonne partie repris dans le Livre Blanc et représentent des pistes
importantes à associer à un discours plus global sur la prise en charge du
handicap, les familles épuisées ne peuvent se satisfaire de ces mesures qui ne
règlent pas le manque criant de places à Bruxelles pour les personnes handicapées
de grande dépendance. La situation est grave et les politiques ne semblent pas
conscients des situations de crise à Bruxelles : au minimum 300
places devraient être créées dans l’urgence. Nous attendons une réponse, un geste fort. A l’appui de cet appel, plusieurs parents,
frères et sœurs de personnes handicapées de grande dépendance ont eu l’occasion
de relater le calvaire quotidien et les multiples répercussions sur les
familles de cette absence de places (abandon du travail, chômage, études
avortées, fratrie délaissée, épuisement…).
Mr. Picqué s’est dit conscient des drames qui se
vivent et il a aussi précise qu’à la table des négociations, ce sont les
arguments les plus forts qui importent. Il est par ailleurs important de chiffrer la
demande réelle et potentielle. Il faut donc profiter de l’opportunité des
prochaines élections législatives pour sensibiliser les futurs négociateurs. C’est donc le moment pour le GAMP de rédiger
un mémorandum, chiffres à l’appui, car on ne peut se satisfaire
d’approximations.
Le GAMP signale que plusieurs sources peuvent être
exploitées :
·
L’enquête de l’asbl Inforautisme qui sur plus de 700
adultes autistes de grande dépendance habitant Bruxelles, identifie au moins 300
demandes potentielles. D’autres associations pourraient aussi fournir des
chiffres.
·
L’observatoire bruxellois de la personne handicapée
qui a procédé à un inventaire sur base des listes d’attente des institutions
bruxelloises. Cela permet au moins de
chiffrer les demandes réelles.
·
Le groupe de travail créé au sein de la conférence
interministérielle à la demande du Premier Ministre et qui devrait rendre des
conclusions pour la fin du mois de mars.
Ce groupe de travail s’attelle entre autre à la question du dénombrement
- selon le type d’handicap - des personnes handicapées par l’administration du
Ministère des Affaires sociales.
D’autres points ont été abordés :
·
Le refinancement du secteur du non marchand qui a presque
entièrement absorbé les sommes accordées par la Région mais a aussi amélioré la
qualité de l’accueil. Mr. Picqué juge
utile d’associer les employeurs aux négociations.
·
Les ACS, le Maribel social,
qu’il n’est pas facile à gérer.
·
La pénibilité du travail dans le secteur du handicap
et de la santé mentale qui devrait trouver une réponse dans deux types de
carrières.
·
Les difficultés croissantes pour les directions
d’établissements à gérer les statuts, normes, contraintes administratives, au
détriment de leur travail de proximité. Mr. Picqué en convient, il faut
absolument simplifier les procédures.
·
Le BAP (Budget d’Assistance Personnelle) qui devrait
être adopté à Bruxelles et qui permettrait une désinstitutionnalisation
partielle des personnes handicapées.
·
Les promoteurs de projets privés qui se heurtent
également à des dictats administratifs et à des incohérences croissantes, à tel
point qu’on peut se demander si cela n’est pas pour masquer l’impossibilité de
financer les projets.
Dans la foulée, on a réitéré une de nos
revendications au niveau régional, formulée lors du dernier sit-in chez la
Ministre Dupuis et qui semblait s’avérer impossible, ce qui nous paraissait
discriminatoire : dans le cadre de la construction de 5000 logements
sociaux (cfr : le courrier envoyé à Mr. Picqué
avant le sit-in) on devrait pouvoir en dédicacer quelques uns à l’accueil des
personnes handicapées de grande dépendance, étant entendu que l’encadrement
serait subventionné par la COCOF. Deux-trois
logements pourraient être regroupés afin de pouvoir accueillir 4 à 5 personnes
et leurs accompagnants. Cette conception
de petites entités, qui pourraient être crées dans les différentes Communes bruxelloises,
vise à favoriser l’intégration, la solidarité, l’accessibilité, la
diversification des accueils, qu’ils soient de jour ou d’hébergement, adaptés
non seulement au type d’handicap mais aussi aux moments de la vie. Mr. Picqué en convient : il est indispensable
de diversifier l’offre.
Une fois de plus, nous avons signalé que l’après
parents est la hantise des familles : même si les familles ne sont plus
partantes pour une solution d’hébergement dans de très grandes institutions, il
n’en reste pas moins que les personnes handicapées sont destinées à survivre à
leurs parents. A plus long terme,
l’hébergement doit pouvoir être envisagé avec sérénité et le poids qui pèse sur
la fratrie doit être levé.
D’autre part, on signale une fois de plus que le
saucissonnage institutionnel et les incohérences qui en découlent coûtent parfois
bien plus cher à la société qu’une solution d’hébergement dans une institution
prévue pour personnes handicapées (ex. : le placement en institution
psychiatrique qui coûte 4000 euros par mois à l’INAMI et qui engendre des troubles
du comportement et une surmédicalisation conséquente, ainsi qu’une régression
de la personne handicapée laissée toute la journée dans un état inacceptable
d’oisiveté).
Ces questions seront aussi abordées lors des contacts
que le GAMP aura avec les Commissions consultatives des différentes Communes,
leurs Bourgmestres ayant été sensibilisés à la problématique du handicap de grande
dépendance lors d’une des dernières Conférences des Bourgmestres : une
délégation du GAMP y a été reçue le 24 janvier 2007. Dans ce cas aussi, Mr. Picqué a fait remarquer que si et
quand les Bourgmestres pourraient mettre à la disposition des bâtiments ou
logements à construire, la question du financement de l’encadrement des
personnes handicapées restera ouverte. D’où
la nécessité de négocier le refinancement de la COCOF.
Nous avons aussi abordé les travaux du Parlement
Bruxellois. Mr. Picqué nous a recommandé d’y déposer également notre mémorandum
et nous a signalé que, faute de financement, des nombreuses propositions
d’ordonnance et résolutions restent sans lendemain.
Quant à la rétrocession de certaines sommes de la COCOF
vers la Communauté Française au nom de la solidarité intra-francophone (sujet
abordé lors du 1er sit-in), notre interlocuteur nous a dit qu’il y a parfois
des compétences qui reviennent à la COCOF et qui sont assumées par la CF. Ne faudrait-il donc pas fusionner les exécutifs pour
plus d’efficacité ? La question est
posée.
En conclusion Mr. Picqué s’est engagé :
·
A appuyer le mémorandum du GAMP qui devra être rédigé
pour les élections fédérales (rv sera pris fin
février avec Mme Fontaine).
·
A nous indiquer, au moment où les accords seront pris,
le nom des personnalités qui, outre les présidents de partis, feront partie des
négociateurs institutionnels ; ce, afin que nous puissions leur envoyer le
mémorandum.
·
A nous ménager une entrevue avec Mr. Di Rupo, seul
président des partis francophones démocratiques à ne pas nous avoir reçu
personnellement.
·
A vérifier auprès de l’administration de la COCOF si
les normes imposées aux promoteurs sont correctes ; à cet effet il
souhaite être en possession d’un ou plusieurs cas concrets.
·
A défendre l’idée de petites entités pour personnes
handicapées de grande dépendance à concevoir dans le cadre de la construction
de logements sociaux.
·
A porter notre demande et être notre relais auprès de
ses collègues Ministres et de son parti.
C‘est en remerciant Mr. Picqué pour son accueil et
ses conseils que nous avons quitté son cabinet avec quelques lueurs d’espoir.
Rapporteur : Claire Borchgraeve