Le Groupe d’Action qui dénonce le Manque de Places
pour les personnes handicapées de grande dépendance
Compte rendu de l’action du 2 décembre 2005 au Cabinet de Charles Picqué,
Ministre-Président du Gouvernement de la Région de
Bruxelles-Capitale
Le 2 décembre 2005 a eu lieu le 3ème
sit-in organisé par le GAMP devant la Cabinet du Ministre-Président de la
Région bruxelloise Charles Picqué. Une
bonne cinquantaine de parents et professionnels y était présente. Une famille avec un enfant autiste venant de
Wallonie s’y était aussi rendue, signe que le manque de structures spécifiques
à certains handicaps de grande dépendance n’est pas uniquement un problème
bruxellois. La presse ayant été alertée,
nous avons été interviewés par la radio BXL et par la Radio RTBF, pour leurs
journaux radio.
Cette fois, nous n’avons pas été
reçus par le Ministre, qui avait été prévenu de l’organisation du sit-in, car
il était retenu à une séance parlementaire.
Nous avons été reçus par trois membres de son Cabinet.
Nous avons exprimé nos
revendications habituelles et nous avons signalé que le budget actuel de la
COCOF ne permet pas la création de nouvelles places en hébergement et/ou
accueil de jour. Concernant les
solutions alternatives dans l’attente de l’ouverture de places, nous avons
remis à Mr. Cadranel un document au sujet du Budget d’Assistance Personnelle, possibilité
que Mme Huytebroeck, Ministre en charge de la politique des personnes
handicapées à la COCOF et à la COCOM, ne semble pas vouloir prendre en considération.
Les membres du Cabinet nous ont dit
ce que nous savions déjà : la COCOF n’a pas les moyens financiers
correspondant à ses compétences et ne possède pas de recettes propres mais
reçoit une enveloppe fermée. A l’heure
actuelle, la COCOF a cumulé un déficit de 17,5 millions d’euros.
On nous a signalé qu’une somme de 5
millions a été octroyée par la Région de Bruxelles-Capitale pour le budget
2005 qui est déjà en déficit d’une somme correspondante. On nous a en outre signalé qu’une proposition
d’augmentation du budget de la COCOF allait être présentée au vote du
Parlement. Dans cette augmentation est
prévue une enveloppe de 101 millions d’euros pour le handicap, ce qui
correspond à une augmentation d’environ 8 millions d’euros par rapport à 2005. Cependant, cette augmentation sera en bonne
partie absorbée par la masse salariale et elle ne sera donc pas consacrée à
l’ouverture de nouvelles places. Qu’en
sera-t-il alors des projets en cours ?
Un représentant du Cabinet de Mme Dupuis nous a confirmé que pour le
projet Hoppa, il y avait enfin eu un déblocage.
De même, des contacts entre les cabinets sont en cours pour les projets
Condorcet et Estreda
Concernant la possibilité de
financements supplémentaires, on nous a signalé que toute somme d’argent venant
de la Région octroyée à la COCOF comporte aussi l’octroi d’une somme d’argent à
la communauté néerlandophone de Bruxelles (VGC, homologue de la COCOF). Ce, à raison d’une proportion de 80% pour la
COCOF et de 20% pour la VGC. D’autre
part, selon le Cabinet, c’est la partie néerlandophone du pays qui bloquerait
toute aide supplémentaire aux francophones.
Une aide de la Communauté Française serait souhaitable au nom de la
solidarité intra-francophone, ce à quoi nous avons demandé : puisque depuis
quelques années déjà, la COCOF et la Région Wallonne rétrocèdent des sommes
importantes d’argent à la Communauté Française au nom de la même solidarité
intra-francophone, comment pouvons-nous croire à un renversement de la
tendance ?
Enfin, encore une fois nous avons
signalé que les accords de coopération entre Région wallonne et Région
bruxelloise devaient garantir un plus facile accès des bruxellois aux
institutions wallonnes. Dans la
pratique, à cause du moratoire instauré en 1997 en Région wallonne pour
l’ouverture de nouvelles structures, ces accords ne sont pas
opérationnels. En revanche, les
ressortissants français trouvent des places en Wallonie (places non
subventionnées par l’AWIPH mais ouvertes en autorisation de prise en charge)
car l’allocation journalière octroyée par l’Etat français aux institutions
belges correspond au double d’une subvention belge octroyée par l’AWIPH ou par
la COCOF. Il est aussi signalé que le
moratoire en Région wallonne partait du postulat que grâce aux progrès de la
médecine, le nombre d’handicapés aurait dû diminuer ainsi que la gravité des
séquelles due au handicap. Or, dans la
réalité, c’est l’inverse qui se produit : à titre d’exemple, avec le
meilleur traitement de la grande prématurité et des séquelles des accidents de
la route, davantage de personnes restent en vie tout en nécessitant un suivi et
des soins plus importants. L’allongement
de la vie des personnes handicapées est aussi un fait auquel le politique devra
apporter une réponse concrète.
La position des parents et des
professionnels est claire : nous n’en avons rien à faire de ces
explications « budgétaires » ou « communautaires ». La
politique des personnes handicapées est une question de priorités. Nous en avons assez d’être considérés comme
des citoyens de 3ème ordre dans notre propre pays. Nous constatons quotidiennement le manque de
places, les parents vivent des situations dramatiques, certains menacent d’adopter
des solutions drastiques (comme par exemple d’acheter un terrain au Cimetière)
et les professionnels sont impuissants dans leur rôle d’orientation une fois
que les jeunes handicapés de grande dépendance arrivent à l’âge adulte.
L’impression générale du groupe a
été celle de la présence de deux discours et de deux mondes parallèles qui ne peuvent
se rencontrer : d’une part le monde politique nous parle de « problème
de compétences » et de « contraintes budgétaires » et d’autre
part, les personnes directement concernées par la grande dépendance parlent de
« drames humains » et de « situations insoutenables ». Faudrait-il en arriver à un drame avant
d’éveiller les consciences ?
Nous avons demandé à plusieurs
reprises à qui fallait-il s’adresser pour trouver de l’aide concrète. Mr. Cadranel et les autres membres du Cabinet
présents nous ont fait part de leur compréhension mais ils nous ont finalement
renvoyés à Mme Huytebroeck, comme si ce problème n’était que le sien. Cet aveu d’impuissance a déconcerté les parents
qui se sont sentis incompris.
Rapporteur : Cinzia Agoni
20, clos du Bergoje – 1160 Bruxelles
02 / 673 03
12 – 0475 / 94 18 90