Communiqué de presse à l’occasion du sit-in
organisé devant le Parlement Francophone Bruxellois le 6 juillet 2007
Arthur a un enfant gravement handicapé, adulte, qui vit à
la maison et qui ne bénéficie d’aucune aide extérieure. Il y a quelques années,
ayant des problèmes de dos importants, Arthur a dû choisir entre son travail et
son fils, à savoir : ou bien porter des charges au boulot ou bien porter
son fils à la maison. Arthur, ayant donné la priorité au bien-être de son
enfant, a été licencié et se trouve, depuis, au chômage.
Fatma vit seule avec son fils autiste. Son mari l’a quittée et Fatma survit grâce à l’aumône
de sa famille. Quand son fils « pique une crise », il casse tout
autour de lui et Fatma doit s’enfermer dans sa chambre et attendre que ça passe.
Pour sa propre sécurité, on a convaincu Fatma de confier le jeune homme à un
service psychiatrique d’observation. Mais cela n’est qu’une solution temporaire,
histoire de souffler un peu. Que fera
Fatma quand son fils rentrera à la maison et elle devra s’en occuper au
quotidien, sans aucune aide spécialisée rapprochée ?
Malika a une sœur polyhandicapée de 30 ans. La mère de
Malika ne s’occupe que de sa fille handicapée au point que Malika se sent
orpheline. Le père a arrêté de travailler
afin de pouvoir soulager son épouse. A son tour, Malika a arrêté ses études
supérieures et trouvé un travail afin de pouvoir aider financièrement la
famille. Malika se sent dépossédée de sa vie et de son futur, car elle se voit devoir
assumer la charge de sa sœur quand ses parents ne seront plus là.
Ce sont quelques bribes de vies de familles abandonnées par
les institutions de notre Etat belge et laissées seules face à la charge d’une
personne lourdement handicapée. Ce sont des familles brisées, isolées, appauvries
sous tous les points de vue. Ces drames vécus par des gens ordinaires,
anonymes, se perpétuent depuis de nombreuses années sans que personne n’ait jamais
crié au scandale, à l’exception de quelques assistantes sociales concernées.
Depuis presque deux ans, nous soulevons ce problème criant et propre à une
Région – Bruxelles capitale de l’Europe - considérée comme un modèle réussi de fédéralisme.
L’envers de la médaille est qu’à force de « saucissonner » les
institutions de l’Etat, d’éclater et de saupoudrer leurs compétences, nous en
arrivons à une situation paradoxale et indigne d’un Etat prospère et civilisé, qui
se veut solidaire des plus faibles : il n’existe à Bruxelles aucune structure
d’accueil adaptée aux personnes gravement handicapées ni de services
spécialisés pouvant soulager efficacement leurs familles épuisées. Le résultat
est : « chacun pour soi ».
Et dans l’art de la débrouille, plus facile quand on a une situation
financière aisée, ce sont les familles les plus fragilisées qui restent sur le
carreau !
Aujourd’hui, une résolution du Parlement Francophone Bruxellois
va se pencher, en partie, sur cette situation dramatique. Elle demandera au
Collège de la COCOF de prendre des mesures ô combien dérisoires si l’on s’en
tient aux moyens de cette institution sous-financée depuis sa création. Cette résolution n’est pas un aboutissement
mais un début. C’est une reconnaissance – enfin ! – de l’inadéquation des
réponses aux besoins des personnes handicapées, une goutte dans l’océan
d’indifférence dans lequel pataugent - voire se noient - nos familles pendant
des années. Mais son ambition est
directement proportionnelle aux moyens financiers de la COCOF : sans
refinancement approprié de cette dernière, la résolution restera - comme ce fut
le cas de la résolution sur l’autisme il y a quelques années - une lettre
morte, et tout au plus un ensemble de vœux pieux oubliés dans un tiroir d’une
armoire ministérielle.
Nous aurions aimé un geste plus fort, qui soit à la
hauteur de nos espérances, qui pousse le Collège de la COCOF à prendre notre
combat à bras le corps. Est-ce le rôle
d’un Parlement ? Nous sommes là
pour rappeler à nos élus que les personnes handicapées, même les plus gravement
atteintes, méritent non seulement leur attention et leur travail, mais aussi
leurs espoirs - s’ils en ont - dans une société plus juste.
Ed. responsable : Cinzia Agoni – 20, clos du Bergoje
– 1160 Bruxelles – 0475 / 94 18 90 – info@gamp.be
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