Le Groupe dAction qui dénonce le Manque de Places
pour les personnes handicapées de
grande dépendance
Compte rendu de laction du 4 novembre 2005 au Cabinet de
Mr. Benoît Cerexhe
Ministre-Président du Collège de
la COCOF en charge de la Fonction Publique et de la Santé
Le deuxième sit-in organisé par le Groupe
dAction pour le Manque de Places pour les personnes handicapées de grande
dépendance a eu lieu devant le Cabinet du Ministre Cerexhe,
rue Capitaine Crespel n° 35.
Malgré les congés de la Toussaint et une diffusion moins large de
linformation de la part du groupe, 40 à 50 personnes étaient présentes au sit-in. Un communiqué de presse avait été au préalable
envoyé à une bonne centaine de journalistes de la presse écrite et audiovisuelle. Ainsi, des journalistes de la RTBF télévision et
de RTL radio se sont rendus sur les lieux du sit-in et ont interviewé parents et
assistantes sociales. Une rencontre entre une
importante délégation du groupe et le Ministre et trois membres de son Cabinet a eu lieu en la présence des journalistes de la RTBF qui ont par la
suite interviewé le Ministre.
Un courrier concernant la problématique du
manque de structures pour adultes de grande dépendance a été remis au Ministre. Les assistantes sociales ont brièvement relaté
les questions déjà soulevées lors de la rencontre du mois précédent (6 octobre) avec
la Ministre Huytebroeck, en charge de la politique des
personnes handicapées, et ont remis au Ministre Cerexhe le
compte rendu de cette rencontre. Une
discussion a suivi et des témoignages supplémentaires de parents ont été apportés. Ci-dessous, les points principaux qui ont été
abordés.
Mr. Cerexhe a
déclaré que le manque de structures pour personnes handicapées adultes est lune
des priorités du Collège de la COCOF. Cependant,
il rajoute que la situation financière de la COCOF est catastrophique et que sans
refinancement, peu de solutions satisfaisantes pourront être trouvées. Les parents en ont marre dentendre toujours
la même réponse, à savoir quil ny a pas assez dargent. De même, ils en ont assez de voir les politiciens
se renvoyer lun lautre la responsabilité
dune politique défaillante en matière de handicap.
Une bonne politique des personnes handicapées est un choix de société qui
sinscrit dans le temps et dans la durée ! Or,
les législations et le Ministres se succèdent et ne poursuivent pas de politique
cohérente. A chaque nouveau Cabinet, il faut recommencer les démarches précédemment
effectuées et souvent, les dossiers repartent à zéro. Il y a de quoi décourager pas
mal dinitiatives. Dautre part, on
regrette que les politiciens, tout en étant au courant du problème depuis de nombreuses
années, naient rien fait pour éviter darriver à une situation qui
aujourdhui est dramatique : laugmentation de la population handicapée de
grande dépendance (due aux meilleurs soins de santé) et des demandes dintervention
étaient prévisibles depuis longtemps !
Les parents signalent que la création de
centres pour personnes handicapées est laissée aux initiatives privées, ce qui
nest pas les cas pour les hôpitaux, par exemple.
Mr. Cerexhe trouve que les initiatives privées sont
moins coûteuses que celles publiques. Ce à quoi les professionnels répondent que ce
nest pas aux parents, épuisés par la charge de leur enfant handicapé, que revient
la tâche de créer des structures.
Au-delà des lenteurs dues aux changements de
Cabinet, on signale la lenteur des procédures pour la construction et louverture
des structures dhébergement et daccueil. A titre dexemple, le projet
HOPPA destiné aux personnes polyhandicapées vient de fêter ses 10 ans dexistence,
mais le terrain nest pas encore disponible pour la construction. A ce rythme, on ne prévoit pas louverture du
centre HOPPA avant lannée 2010-2012. Les
projets Condorcet et Estreda pour lhébergement et
laccueil de jour de 10 personnes avec autisme connaissent aussi des difficultés
davancement. Quil faille 15 à 20
ans pour ouvrir un centre, cela est, pour les parents, inconcevable ! Sans parler du fait que le nombre de places qui
souvriront est largement en dessous des besoins réels (on parle dau moins 200
demandes à satisfaire !).
Le manque de places à Bruxelles a fait que les
bruxellois se soient souvent adressés aux institutions wallonnes. Cependant, le moratoire instauré en 1997 en
Région Wallonne pour louverture de nouvelles places fait quaujourdhui,
même en Wallonie, les places disponibles deviennent très rares. Ce sont donc les personnes les plus dépendantes et
demandant le plus dencadrement qui sont le plus facilement exclues des services. Les accords de coopération entre COCOF et AWIPH
garantissant la libre circulation des personnes handicapées en Communauté Française
sont donc, dans la pratique, inutiles. Dautre
part, on évoque la présence en Wallonie dun nombre important de personnes
handicapées françaises. Bien que celles-ci
noccupent pas des places destinées aux belges, il est interpellant et paradoxal de
constater quautant dinstitutions souvrent en Wallonie pour se consacrer
uniquement aux ressortissants français. La
raison est que ces derniers perçoivent de leur pays des allocations journalières bien
plus élevées (le double) que celles accordées aux Belges par lAWIPH ou la COCOF. Cela
pousse aussi les institutions subsidiées par lAWIPH à ouvrir des places supplémentaires en
Autorisation de Prise en Charge (APC) - non subsidiées par lAWIPH
pour y accueillir des français.
Certains parents - tout comme les assistantes
sociales qui sont régulièrement en contact avec les familles - réitèrent leur
détresse : ils ne peuvent pas attendre 10, 20 ans pour obtenir une place pour leur
enfant gravement handicapé. Les parents ne
veulent plus entendre des promesses mais sattendent maintenant à des faits
concrets : il y a des parents qui sont à bout et qui pourraient commettre des actes
désespérés !
Mr. Cerexhe et le
Collège de la COCOF se disent sensibles aux problématiques des parents et prêts à
explorer des pistes pour dégager des solutions. Le
Ministre Cerexhe sest engagé à en discuter avec la
Ministre Huytebroeck ainsi quavec le Collège de la
COCOF. Voici quelques pistes qui ont été
prises en considération :
·
Réfléchir
à un refinancement de la COCOF.
·
Créer
au plus vite une cellule de crise qui gère dans limmédiat les situations les plus
difficiles et dramatiques afin de trouver des solutions durgence. La création de cette cellule a été annoncée par
la Ministre Huytebroeck mais elle nest pas encore en
place.
·
Organiser
un système de conventions nominatives, selon lexemple de lAWIPH. Ce type de
convention subventionnerait des places en hébergement ou en accueil de jour et serait
liée à la personne et pas au service. Cela
permettrait aux personnes handicapées bruxelloises doccuper une place dans une
institution non subsidiée ou un place APC en Wallonie.
·
Réfléchir
à la possibilité de préserver une partie des terrains bruxellois pour la construction
de maisons dhébergement pour personnes handicapées
Cela ne résoudrait cependant pas le problème du subventionnement des frais de
fonctionnement des structures (encadrement).
En conclusion, le Groupe dAction pour le
Manque de Places confirme son intention de continuer à interpeller les pouvoirs publics
tant que des solutions concrètes ne seront pas mises en uvre. Mr. Cerexhe
sengage à informer les représentants du groupe de la suite de ses discussions avec
le Collège dans les deux à trois semaines qui suivront cette rencontre du 4
novembre. Il demande de poursuivre les
contacts avec une plus petite délégation du groupe.
A cet effet, les représentants du groupe prendront contact avec les membres du
Cabinet désignés pour poursuivre les échanges : Mr. Philippe Henry de Generet et Mme Béatrice van Schendel.
Rapporteur : Cinzia Agoni
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