Inforautisme asbl

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L’étude de la focalisation visuelle révèle comment les enfants atteints d’autisme regardent le monde[1]

 

Les chercheurs du Centre d’études de l’enfant à l’Université de Yale (USA) étudient l’implication sociale des jeunes enfants et des nourrissons atteints d’autisme.  Grâce à une technique d’observation de la focalisation visuelle (le point sur lequel le regard se concentre), ils ont obtenu des résultats remarquables qui pourraient, potentiellement, apporter des progrès significatifs dans le diagnostic et le traitement précoces de l’autisme. Des premiers résultats fort encourageants sont enregistrés dans des situations pilote récentes[2]

                  

Cette technique fut développée dans une recherche centrée sur des adolescents et de jeunes adultes.  Les participants portaient une casquette de baseball sur laquelle était monté un appareil vidéo miniaturisé qui permettait de déterminer avec précision l’endroit où le regard des sujets était focalisé.  On leur montrait alors des courts extraits de films contenant des scènes avec de fortes interactions sociales.  L’étude comparait le parcours du « regard spontané » lors de la vision d’un même extrait de film pour deux groupes d’adolescents ; l’un avec une compétence cognitive normale et l’autre avec autisme.  Les observations montrèrent que les participants, lorsqu’ils essayaient de comprendre la signification sociale des situations présentées, réagissaient très différemment selon qu’ils appartenaient au groupe avec autisme ou au groupe contrôle.  Les sujets qui souffraient d’autisme focalisaient fréquemment le regard sur la bouche des personnages et les objets inanimés.   Au contraire, les sujets normaux focalisaient le regard sur les yeux des individus à l’écran. Les individus avec autisme focalisaient leur regard , 2 fois ½ moins longtemps sur la zone des yeux,  deux fois plus longtemps sur la zone de la bouche et 2 fois ½ plus fréquemment sur le corps et les objets que ne le faisaient les sujets normaux. 

 

Dans ce qui semble être une stratégie de compensation, les sujets avec autisme qui focalisaient préférentiellement le regard sur la bouche manifestaient une meilleure adaptation sociale et un moindre handicap social autistique que ceux qui se focalisaient principalement sur les objets.  Cela s’explique probablement par une plus grande attention au contenu verbal de l’échange qui permet une meilleure compréhension sociale de la situation.  Malgré cet effort de compensation, les individus avec autisme donnaient néanmoins de nombreuses indications de leurs grande difficultés à suivre des scènes d’interactions sociales complexes.  Ces résultats suggèrent que, malgré leurs compétences cognitives et verbales considérables, les individus avec autisme manifestaient une forte anormalité dans l’acquisition de compétences sociales qui apparaissent normalement dans la tendre enfance

 

Les indices sociaux non verbaux qui s’échangent au cours d’une interaction sociale peuvent à la fois modifier et préciser davantage ce qui se dit.  Dans les situations de la vie courante, de nombreux indices sociaux essentiels se déroulent très vite. Une communication efficace et un comportement adapté nécessitent une intégration rapide de tous ces indices.  Ne pas les remarquer peut conduire à mal évaluer la situation dans son ensemble, et à adopter ainsi une attitude socialement inadéquate.

 

Développements de la recherche

 

Dans un développement récent, les chercheurs utilisent la technique de « suivi du regard » afin de voir le monde à travers les yeux d’un bébé avec autisme.  Ils essayent de déterminer où comment les enfants avec autisme focalisent leur regard et ce qui attire leur attention lorsqu’ils regardent des personnes engagées dans des interactions sociales.

 

Ces résultats pourraient avoir un impact considérable sur les méthodes futures de diagnostic de l’autisme.  Les méthodes actuelles sont applicables au plus tôt  vers dix-huit mois, et en général avec fiabilité vers les trois ans.  Les techniques d’observation de la focalisation visuelle, au contraire, pourraient facilement être appliquées à de très jeunes enfants (pré verbaux) et permettre ainsi de déceler dès les premiers mois des tendances autistiques chez des sujets à risque. L’intervention pourrait commencer beaucoup plus tôt, alors que le cerveau en développement présente une grande flexibilité et une adaptabilité maximale.  Puisque les enfants qui reçoivent une intervention précoce font davantage de progrès à long terme, cette étude pourrait avoir un impact très positif sur la prise en charge et le développement des enfants atteints d’autisme.  L’application de cette approche dans quelques situations pilote a déjà donné des résultats fort encourageants (voir référence 2).

 

Une illustration de la technique: Un test de focalisation visuelle différenciée

 

Deux personnes, un adolescent normalement compétent cognitivement et un jeune adulte avec autisme, furent observés avec cette technique tandis qu’ils regardaient des séquences de la version filmée du classique de Edward Albee « Qui a peur de Virginia Woolf ?».

Ce film avait été choisi parce qu’il met en scène des interactions intenses entre quatre participants d’une situation fort chargée de contenu social.

La complexité sociale exigeante représentée dans le film était sensée refléter les situations sociales complexes que les individus avec autisme peuvent rencontrer dans la vie sociale quotidienne, telles que lors d’une soirée dansante de l’école ou au lunch à la cafétéria.

 

Dans la photo ci-dessous, des croix sont sur imposées à l’image.  Elles désignent, en noir, le focus visuel du spectateur avec autisme et, en blanc, le focus du spectateur normal pris comme comparaison.

 

 

  

 

 

L’image montre une scène dans laquelle Nick s’informe d’une peinture pendue à un mur éloigné.  Pour ce faire, il indique d’abord du doigt un tableau précis sur le mur et demande ensuite à Georges (qui habite la maison), « qui a peint ce tableau ?».  Alors que la question verbale est plus générale (puisqu’il y a plusieurs tableaux au mur), le geste de pointer du doigt a déjà spécifié la peinture à laquelle le jeune homme est intéressé.

 

Le spectateur avec autisme ne suivit pas le geste d’indication mais au contraire attendit pour réagir d’entendre la question et son regard se déplaça alors de tableau en tableau, sans savoir très bien celui dont il s’agissait dans la conversation.

Le spectateur normal (en blanc) suivit le geste de “pointé” de Nick et aboutit immédiatement et délibérément sur le bon tableau (le grand).  Après avoir entendu la question il regarda alors vers Georges pour une réponse et de nouveau vers Nick pour sa réaction.   Le parcours suivi par son regard illustre bien sa capacité de savoir utiliser le geste non verbal pour identifier immédiatement le tableau désigné par le jeune homme. De plus, il était alors disponible pour suivre l’interaction suivante entre Georges et Nick telle qu’elle s’exprimait par leurs regards.

Au contraire le spectateur avec autisme utilisa principalement l’indication verbale, négligeant le geste non verbal et, ce faisant, utilisa une méthode beaucoup moins efficace pour reconnaître le tableau concerné.  Son regard parcourait encore les différents tableaux alors que l’action s’était déjà déplacée entre Nick et Georges, manquant ainsi les interactions sociales rapides et subtiles qui avaient déjà eu lieu par leurs regards.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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[1] Gina Maria Cappola:  Yale Developmental Disabilities Clinic Newsletter Volume 1, issue 1, summer 2003

Yale University, New-Haven, Connecticut, USA

http://info.med.yale.edu/chldstdy/autism/newslettersummer.pdf

[2] Yale medecine magazine, summer 2004

 http://info.med.yale.edu/external/pubs/ym_su04/autism.html